La femme et l’enfant au Vietnam

Ecrit par Guide francophone saigon delta Mekong sur . Publié dans Mœurs et Coutumes

La femme et l’enfant au Vietnam: C’est un fait : chaque fois que l’on essaye de décrire une culture, on se place tout naturellement du point de vue de l’homme, de l’homme adulte. Ses rôles et ses activités sont privilégiés. Les quelques réflexions qui précèdent n’échappent pas à cette perspective et à ses limitations. C’est bien pourquoi, il est bon d’introduire ici deux êtres non pas marginaux mais différents, d’une différence que la culture vietnamienne souligne vigoureusement. Il s’agit de deux êtres plus particulièrement liés à la famille: l’enfant, parce qu’il reçoit tout son être de la cellule familiale ; la femme, parce que toute son action et toute son influence passent par elle.
L’enfant
Naître
Le mot vietnamien qui signifie la naissance désigne aussi bien l’apparition d’un nouvel être en ce monde, « sinh ra doi » que la dépendance que ce nouveau-né entretient avec d’autres êtres de qui il tient la vie. Le mot « sinh » en effet veut dire « engendrer », « faire naître », mais aussi « naître ». C’est le vocabulaire lui-même qui nous révèle un aspect important de la signification de la naissance: elle est une dette contractée à l’égard des autres par tout être qui vient au monde.
Si «l ‘arbre a ses racines et le fleuve sa source » l’homme lui aussi a ses origines et ne peut s’y soustraire.

« Un enfant a un père et une mère  Personne ne surgit du néant »
Ce qui fait la différence entre l’homme et les autres êtres, c’est le sentiment, les entrailles. Cette première dépendance physique s’épanouit en sentiment. Plus tard, l’enfant rendra à ses géniteurs un véritable culte dont nous avons déjà parlé plus haut.
La dette contractée à la naissance est triple. L’enfant doit son existence à son père qui est en quelque sorte sa cause première. Mais son développement dans le temps, sa croissance physique et morale, sont surtout attribués à la mère :
« Le père fait naître, la mère nourrit »
Le Vietnamien, d’ailleurs, n’est pas loin de penser que cette naissance continuée, cette origine perpétuellement renouvelée dans la mère, est le lien le plus fort qui soit :
« Le père qui fait naître ne vaut pas la mère qui nourrit »
Mais il existe une troisième source, celle-là beaucoup plus mystérieuse. L’enfant va se révéler différent ; il va bientôt montrer les signes d’une personnalité originale, les traits d’un caractère. Ce dernier est donné par le ciel qui dépose en chaque être humain la marque de l’individualité :
« C’est le père et la mère qui engendrent, mais c’est le ciel qui donne le caractère »
Prendre conscience
Dans ses premières années, chevauchant la hanche de sa mère, dormant dans le lit des adultes, sevré le plus tard possible, l’enfant va vivre sa dépendance dans une joyeuse insouciance. Ce n’est que plus tard, avec l’apprentissage du langage, qu’il va renouer avec sa naissance. Il va, en quelque sorte, la répéter symboliquement, prendre conscience de sa fondamentale dépendance lorsqu’il sera introduit dans le système des signes. Il verbalisera ses liens et les détaillera tout en prenant conscience de son moi. Pour se désigner, il commencera par répéter le mot par lequel le père et la mère le désignent « Bé » (le petit), « Con » (l’enfant), mots qui n’ont de sens que par rapport aux parents qui les prononcent. Il existera désormais en face d’eux comme un enfant. Son moi sera circonscrit par ce rôle.
Il répète ce que disent ses parents mais dit en même temps autre chose. Ainsi, la phrase vietnamienne : « Con noi voi ma » lorsqu’elle est dite par la mère, signifie : « Tu me parles, mon enfant ». Lorsqu’elle est prononcée par l’enfant, elle devient: « Je te parle, maman. »
Alors que, très vite, l’enfant occidental s’identifie au « je », indépendant et neutre, qui peut s’opposer à celui des parents, l’enfant vietnamien ne pourra jamais dire à ses parents (et cela toute sa vie) que « votre enfant » Il n’échappera jamais à cette interdépendance originelle; jamais ce lien verbal, symbole du lien originel, ne pourra être rompu.
En grandissant, l’enfant pénétrera dans la société des hommes en découvrant une par une les relations qu’il entretient avec les autres. On lui apprendra vite à désigner et identifier les liens qui l’unissent aux gens qui l’entourent. Qui doit-il appeler du nom de grand frère, de sœur aînée, d’oncle, de tante, de grand-père, etc. Comment doit- il se nommer lui-même face à ses partenaires ? Les premiers jeux auxquels il va se livrer porteront eux aussi sur l’emploi correct de ces appellations. Peu à peu, au-delà du langage, l’enfant se rendra compte de cette réalité profonde constituée par l’immense réseau des liens humains qui sont autant de « sentiments devoirs ».
« Tu dois faire ceci en tant que fils », « tu dois lui obéir comme un petit frère ». Toutes ces relations lui sont données, offertes par le monde qui l’entoure ; c’est pourquoi, elles sont autant de dettes contractées qui entraînent des devoirs correspondants.
L’affirmation de soi
Comme tout enfant, l’enfant vietnamien a ses caprices, ses révoltes, quelquefois fort violentes. Mais jamais elles ne remettront en cause le lien fondamental. Il est impensable que cet enfant, qui ne peut utiliser le « je », puisse parler avec insolence à son père (à tous les âges de sa vie). Aucune résistance, si obstinée soit-elle, ne brisera cette relation sans laquelle il n’existerait plus comme enfant et donc comme individu.
Le type d’opposition que l’enfant adopte lorsqu’il veut faire valoir sa volonté contre celle des parents est d’ailleurs extrêmement révélatrice. Ce que l’on nomme « li » est une espèce de résistance passive, d’inertie têtue que l’enfant peut maintenir longtemps. Il écoute les remontrances, accepte les punitions, ne répond pas, mais n’avoue pas son erreur et s’obstine à ne pas changer sa conduite – tout cela dans une apparente douceur. L’enfant pourra même entreprendre des grèves de la faim. Il semble qu’il faille interpréter ces mouvements de révolte comme le désir inconscient de se supprimer sans renoncer à la relation qui unit aux parents, attitude qui fait supporter toute la responsabilité par ces derniers. Généralement, ces petits accrocs se règlent sans que personne ne perde la face.
L’enfance vietnamienne reste fascinante car on y voit se dessiner clairement tous les éléments qui composeront plus tard le comportement inimitable du Vietnamien. Cette façon si originale de vivre avec les autres, cette délicatesse dans les relations humaines a été acquise à cette époque. Nous avons vu qu’il ne s’agissait pas simplement d’habitudes superficielles, mais d’une certaine conception de la vie en commun.
La femme
Si l’on peut décrire la formation de l’enfant au Vietnam sans trop tenir compte des changements apportés par les temps modernes, cela n’est guère possible quand il s’agit de la femme. Durant des millénaires, la femme a occupé une place centrale à l’intérieur de la famille. C’était en quelque sorte son lieu naturel. Toute son existence était marquée par l’emprise que cette organisation exerçait sur elle. Pour parler à la façon vietnamienne, le « dehors » (ngoài), la société, l’extérieur de la famille était réservé aux hommes ; les femmes, elles, étaient à « l’intérieur » (trong). Inspiratrices, sources profondes de la cellule familiale, elles ne se risquaient pas dans la jungle sociale.
Les diverses crises sociales qui se sont succédées sans interruption au Vietnam depuis plus d’un siècle ont profondément changé cet état de choses, en particulier, les dernières, à savoir celles qui ont été provoquées par l’introduction de la société de consommation au Sud Vietnam entre 54 et 75, par l’apparition de l’idéologie marxiste-léniniste et des transformation sociales opérées par elle, d’abord au nord et ensuite au sud après 1975, et, enfin, depuis 1986, l’ouverture progressive du pays à l’économie de marché, avec les conséquences morales de celle-ci, déplorées aujourd’hui par tout le monde. C’est pourquoi le tableau que nous dresserons ici représente davantage un archétype culturel légué par la tradition qu’un portrait concret de la femme d’aujourd’hui, dont les traits précis sont difficilement saisissables
En dehors de certaines exceptions, la femme vietnamienne vivait dans la mouvance de la famille ; son existence se justifiait par les rôles que cette dernière lui donnait à tenir. Son autorité et elle en avait souvent beaucoup était indirecte, le premier rôle étant réservé aux hommes.
Cette emprise familiale se faisait particulièrement sentir pour tout ce qui concernait son éducation. Les études poussées en caractères chinois ou en caractères « nôm » à l’extérieur de la maison lui étaient interdites. C’est à l’intérieur de la famille qu’elle devait acquérir les quelques rudiments qui lui seraient nécessaires plus tard.
Durant toute sa jeunesse, la femme vietnamienne vivait dans un milieu uniquement constitué par ses relations parentales. Elle n’avait que très rarement l’occasion de sortir seule. Dans ses visites, ses démarches et ses loisirs, elle était toujours accompagnée par un frère, une sœur, un parent âgé, un ami de la famille. Dès qu’elle atteignait un certain âge, elle était directement associée aux travaux du ménage, recevait la charge d’assurer l’éducation des enfants. Guidée par les exemples de la cellule familiale, instruite par les conseils que lui prodiguaient abondamment parents et grand-parents, elle se préparait ainsi à ce qui constituerait l’essentiel de sa vie, à savoir son rôle d’épouse, de mère et de bru.
Le mariage était simplement pour elle une façon de changer de famille. Mari et belle famille étaient choisis par ses parents. Cependant, au Vietnam, il était rare que la fille ne soit pas consultée sur ses goûts. Les parents renonçaient généralement à un projet auquel leur enfant s’opposait obstinément. Une fois entrée dans la nouvelle maison, la femme est désormais bru et dépend entièrement de sa belle-famille.
Elle est aussi épouse. En tant que telle, elle accomplit silencieusement les tâches domestiques et s’efforce de créer dans son foyer cette ambiance joyeuse si caractéristique des maisons vietnamiennes. Elle participe aussi à la subsistance économique des membres de la famille.
Présente aux travaux des champs, elle s’emploie, dans ses temps de loisirs, à la confection de divers objets domestiques, à des travaux de vannerie, etc.
Mais le rôle essentiel de la femme au Vietnam est celui de mère. C’est à elle que revient la charge de nourrir, d’éduquer les enfants. Cette éducation est un mélange harmonieux de soins matériels, d’exhortations puisées dans la sagesse populaire, de tendresse active. La présence de la mère dans tous les secteurs de la vie lui procure un grand prestige. Il n’est pas rare que son autorité s’étende bien au-delà du domaine strictement familial. La plupart du temps, aucune affaire sérieuse ne se décide sans elle.
Ce bref aperçu de la tradition vietnamienne féminine ne rend certes pas compte de la situation actuelle des femmes, mais il peut nous donner une idée du rôle de ces dernières dans la société vietnamienne. Bien que leur comportement se soit considérablement modifié, que leur domaine d’activités se soit élargi, elles gardent toujours leur place centrale à l’intérieur de la famille, leur influence indirecte dans les grands événements qui touchent aussi bien la famille que la société vietnamienne.

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